Dans un artcile précédent, je partageais une vidéo PETA  vraiment drôle (à mon avis, dîtes moi si j’ai tort) où des psychopathes/serial killers justifient le meurtre en reprenant les « arguments » les moins rationnels (et souvent les plus entendus) mobilisés par les mangeurs de viande.

Capture

Toutefois, en faisant un parallèle entre « manger de la viande » et « commettre un meurtre », PETA soulève LA question philo du jour : peut-on vraiment dire que « tuer un animal pour manger » (dans la mesure ou le végétarisme est tout à fait possible) est comparable à du « meurtre » ?

Dans les deux cas la mise à mort est tout à fait inutile et ne sert qu’à satisfaire une envie (dans un cas une envie de meurtre, dans l’autre une envie de viande). Toutefois, et c’est là le noeud du truc selon moi, les pratiques de mise à mort (ou de laisser vivre) sont des construits sociaux arbitraires.


Les végé, contrairement à la majorité, n’ont pas un rapport utilitaire à la mort.

Les végétar/liens choisissent le critère de la souffrance pour distinguer les cas de laisser
vivre/ mettre à mort. Ainsi, ils (nous) mangent des végétaux car ce sont des êtres vivants, mais qui ne ressentent pas la douleur. C’est une logique capacitaire : c’est la capacité à ressentir la douleur qui détermine le droit à la protection de la vie.

24bb494cbac71662f961a811b917e099-600x300

La société ordinaire (omnivore) a un rapport moins sensible à la mise à mort et pas seulement concernant les animaux. Dans de nombreux pays développés il est encore acceptable de mettre à mort un humain de façon institutionnelle (c’est la peine de mort). Il s’agit d’infliger de la douleur en punition d’une mauvaise action. La mort est utilitaire : elle peut servir le système judiciaire, mais aussi bien évidement, le système économique. Elle intervient soit comme contrepartie d’une production, soit comme aléa. Par exemple, l’industrie pharmaceutique refuse volontairement de lancer certaines productions de médicament car les malades typiques ne sont pas solvables… et meurent. Alors, oui les animaux d’élevage meurent alors que ces morts douloureuses pourraient être évitées et oui ils vivent dans la douleur et la violence.

peine1

Mais comment un système économique qui s’est construit sur le travail forcé d’esclaves durant la Révolution Industrielle pourrait s’offusquer d’exploiter aujourd’hui des porcs pour leur chair ? Comment une société ; où il ne parait pas si bizarre de vouloir condamner à mort un humain qui a commis un crime, juste pour le plaisir de satisfaire la vengeance des familles de victimes ; pourrait ne pas vouloir mettre à mort un cochon, juste pour satisfaire une envie de lardon ? C’est complètement cohérent.

Dans la mesure où la mort (ou la douleur) sont utiles (pour le plus grand bien du plus grand nombre), elles sont socialement acceptées et ne sont pas du meurtre (pour les omnivores). La différence entre un meurtre et un abattage, ce n’est pas l’espèce, c’est l’utilité de l’acte. La condamnation à mort d’un violeur, l’abattage d’un porc, etc ont une utilité sociale, et ne sont pas à proprement parlé des « meurtres ». Le meurtre, c’est la mort donné pour le plaisir du bourreau. Si , pour un omnivore, il est acceptable de tuer, il est inacceptable d’aimer ça. Ainsi, on condamne moralement (et on rejette socialement) la chasse, mais pas la consommation de viande.

Patrick Bateman
Patrick Bateman

 En conclu, puisque les végé et les omnivores n’ont pas le même rapport à la mort, ils ne peuvent pas avoir la même définition du « meurtre ». Il y a incommensurabilité des définitions. Ainsi, affirmer que l’abattage est comparable au meurtre d’un humain, est tout à fait inaudible pour la plupart des omnivores et donc inutile.

Je dis bien pour « la plupart », car heureusement, il me semble que nous vivons une transition vers une philo plus favorable au végétarisme !


La montée en puissance de la philo capacitaire / sensible ? 

Heureusement, la logique « sensible » ou « capacitaire » (« abbleiste » en anglais, prononcer « aibeuliste » du verbe « to ba abble to » = « être capable de ») prend de l’ampleur. Cette logique qui veut que les êtres vivants soient considérés en fonction de leur capacité à percevoir le monde qui les entoure, à interagir avec lui, à souffrir par lui ou à l’inverse à s’épanouir par lui, ne se retrouve pas que dans le végétar/lisme.

On la retrouve dans les sciences du vivant, où les études tendent de plus en plus à étudier les capacités sensibles des différents animaux. On les classe non plus par capacités intellectuelles; comme c’était le cas dans les années 90 où on nous rabâchait les notions bizarres d’intelligences animales; mais par capacité à réfléchir/ interagir avec le monde et à exprimer des sentiments et pas de simples besoins biologiques. Vous connaissez probablement tous l’histoire de Koko, la gorille qui a adopté des chatons, qui parle le langage des signes et qui exprime ses sentiments ?

De même, on retrouve cette logique capacitaire dans les « sports » de chasse. Si socialement, la chasse au gibier est peu valorisée, voire même rejetée par toute une frange de la population (considéré comme « beauf ») ; la pèche à l’inverse, est presque à la mode. Nous avons tous vu Bambi et connaissons pertinemment la profondeur du caractère sensible des cervidés ;). Par contre, le caractère sensible des poissons faisant encore débat (chez les personnes qui n’ont pas encore pris le temps de se renseigner) et ne sautant pas eux yeux ; leur mise à mort par des particuliers, est socialement encore très acceptée.

59826279

Cette logique s’applique également aux humains, dans un registre moins joyeux, avec les discutions sur l’euthanasie, adopter par certains pays. Considérer la mort comme une délivrance pour des humains en fin de vie et en grande souffrance incurable ; ou à l’inverse, considérer comme « déjà mort cliniquement », des humains ayant perdu toute activité cérébrale… deux conceptions majeures, qui marquent un changement sensible dans notre rapport social historique à la mort. 

euthanasie
euthanasie

Personnellement, j’ai la conviction (remarquez que j’emploie un verbe relatif à la croyance et non pas au savoir) que nos sociétés contemporaines sont idéologiquement/ philosophiquement condamnées à tendre vers le végétarisme, voire le végétalisme.

La mort ne fait que sortir de nos vie : on meurt à l’hôpital et non plus à la maison, on meurt loin des yeux et de la société civile, on bannit la peine de mort, on refuse de voir la mort, même celles des animaux que nous mangeons. Et dans le même temps, la mort est démystifiée/ dédramatisée : si on ne sait pas ce qu’il y a après, il vaut tout de même mieux mourir que souffrir. A présent, le repoussoir/ ce qui doit donc être évité à tout prix, c’est la souffrance, pas la mort. D’ailleurs on parle d’abattage des animaux sans souffrance (je suis peu convaincue perso, mais bon c’est du mieux)…  Je suis donc optimiste sur le fait que la transition du focus, vers des préoccupations morales en termes de souffrance, créera les conditions nécessaires à l’émergence du végétarisme à grande échelle. Et le tout sans recourir à des arguments intellectuellement pauvres du type « Meat is Murder ».

Sociologie de la mort, CLAVANDIER.

Les vivants et la mort, ZIEGLER

et pour plus d’info, voire encore cet article de sociologie : la mort dans les sociétés modernes.

source Huffington post

source Huffington post

A bientôt sur Vgppl ! 🙂

Publicités